UMR 8135 CNRS - INaLCO

Thème 1 : Analyse grammaticale et typologie

Coordinateurs : Nicolas Quint, Stéphane Robert & Mark Van de Velde

Participants Llacan

Chercheurs et enseignants-chercheurs : Fathi Debili, Dmitry Idiatov, Mena Lafkioui, Amina Mettouchi, Tatiana Nikitina, Elsa Oréal, Nicolas Quint, Stéphane Robert, Paulette Roulon-Doko, Marie-Claude Simeone-Senelle, Yvonne Treis, Mark Van de Velde, Martine Vanhove.
Doctorants : Farid Benmokhtar, Bertille Djoupée, Maximilien Guérin, Sonia Lounis, Daria Mischenko, Mirjam Möller, Elisabeth Njantcho Kouagang, Hortense Tebili, Suzanne Van Der Meer, Eliane Vieira, Alexandra Vydrina.
Ingénieurs : Christian Chanard (outil multimedia), Tahar Meddour (accès web), Jérôme Picard (cartographie)

Objectifs

Le programme Théorie grammaticale et instrumentation : meilleures pratiques pour une analyse grammaticale multidimensionnelle reproductible vise à structurer les projets de recherche en analyse grammaticale au sein du laboratoire LLACAN, c'est-à-dire, à définir nos objectifs et priorités sur le long terme et à créer une dynamique de collaboration intensive. Cette collaboration structurée doit permettre un saut qualitatif pour les analyses que nous nous engageons à produire durant ce nouveau quinquennal et une meilleure intégration entre linguistique de terrain et typologie générale.
Ses buts principaux sont :

  1. la mutualisation des compétences et le partage des résultats scientifiques acquis par les membres de l’opération au sein des projets de recherches auxquels ils participent
  2. l’élargissement du périmètre couvert par les grammaires dites descriptives grâce à la collaboration avec les spécialistes de disciplines connexes
  3. la création d’un ensemble de meilleures pratiques pour l’analyse grammaticale et la communication de ses résultats
  4. de fournir un lieu d’incubation de nouveaux projets nationaux et internationaux avec financement externe.

Problématique, cadres théoriques et méthodologie

L’analyse grammaticale des langues de l’Afrique — en combinaison avec la documentation de leur diversité — est une des tâches principales du laboratoire LLACAN. Celle-ci porte la plupart du temps sur des langues pas ou peu décrites pour lesquelles les chercheurs du LLACAN doivent produire des descriptions de première main nécessitant des missions de terrain. Cette activité scientifique, a priori innovante, comporte typiquement un nombre de défis qui dépassent les capacités des chercheurs individuels et que notre synergie se propose d’engager collectivement.

Le premier de ces défis est qu’on attend des auteurs de grammaires l’excellence dans tous les domaines de la linguistique. Un nombre grandissant de linguistes, en particulier les typologues et les comparatistes, prennent en compte la diversité linguistique et s’attendent à disposer, pour les langues de notre spécialité, d’analyses qui soient à la hauteur des dernières évolutions dans leurs domaines respectifs. Les membres de notre programme ont généralement chacun leur domaine de prédilection, sur lequel nous contribuons aux développements théoriques, mais nous ne pouvons pas être à la pointe de toutes les évolutions dans tous les domaines pertinents pour l’analyse grammaticale. Notre synergie augmentera la qualité de nos analyses grammaticales en organisant un transfert de connaissances entre les projets de recherches (intérieurs et extérieurs à notre thème) et les membres de notre groupe.

Un deuxième défi est d’arriver à une analyse multidimensionnelle des systèmes grammaticaux, couvrant au mieux les différents moyens de codage dont disposent les langues, à tous les niveaux d'analyse. Etant donné que nous sommes souvent les seuls spécialistes à travailler sur une langue donnée, nous ne pouvons pas nous limiter aux aspects de la grammaire qui nous intéressent personnellement. L’histoire montre que ceci nécessite un effort actif de prise de conscience des aspects de la grammaire dont on ignore l’existence ou la pertinence. Jusqu’à une époque récente, les grammaires dites descriptives traitaient rarement de l’intonation ou de la structure de l’information, alors qu’aujourd’hui une discussion de ces phénomènes est de plus en plus considérée comme étant indispensable dans une analyse grammaticale synchronique de base. En principe, l’élargissement de notre champ d’action pourrait se faire sur deux axes, d’une part la prise en compte de nouveaux domaines de recherche (tels que la relation entre parole et geste) et d’autre part, l’intégration de disciplines de la linguistique souvent considérées comme étant connexes à l’analyse grammaticale, tels que l’analyse phonétique instrumentale ou l’acquisition du langage. Nous privilégions le deuxième axe dans le présent quinquennal, en collaborant avec des spécialistes de phonétique au sein du Labex EFL, et des spécialistes de la poétique et des approches diachroniques au sein de notre laboratoire.

La reproductibilité des analyses est également un défi que doit relever chaque discipline qui aspire au statut de science. Pour répondre à cette exigence, nous allons développer un ensemble de meilleures pratiques dans ce domaine, inspirées, entre autres, par les réalisations en linguistique documentaire et s’appuyant largement sur les ressources multimédia désormais à disposition (corpus d’exemples, dictionnaires électroniques attachés aux descriptions…)

Enfin, un quatrième défi que nous devons relever au sein du programme est de théoriser davantage la tension pérenne entre l’analyse grammaticale des langues individuelles et les études comparatives du langage humain, dont la typologie. Les membres de notre groupe partagent la conviction selon laquelle toute méthodologie rigoureuse en matière de description mène à une analyse grammaticale en termes de catégories propres à la langue étudiée (cf. les Descriptive categories de Haspelmath 2010), et par conséquent inadaptées à l’utilisation dans les études comparatives. En même temps, nous avons tous l’ambition de contribuer maximalement au progrès de la linguistique générale avec nos études de langues particulières. La comparabilité des données, nécessaire à la typologie, doit donc être construite (voir les Comparative concepts de Haspelmath 2010 ou, dans une autre perspective, la non-aprioristic typology de Frajzyngier, sous presse) : pour être fondée, la typologie doit à la fois prendre en compte la spécificité des langues particulières (différences entre les catégories à travers les langues) et dépasser de manière contrôlée ces différences pour en permettre la comparaison. Cette tension, déjà abordée dans le projet d’ANR CorpAfroAs (2007-2011) à propos de l’annotation de corpus, sera poursuivie de manière approfondie dans le projet d’ANR CorTypo (2013-2016) dont la visée est plus largement typologique.

Références

  • FRAJZYNGIER, Zygmunt. (in press). Non-aprioristic typology as a discovery tool. In Functional-Historical Approaches to Explanation : In honor of Scott DeLancey, eds. Tim Thornes, Erik Andvik, Gwen Hyslop and Joana Jansen. Amsterdam : John Benjamins.
  • HASPELMATH, Martin. 2010. Comparative concepts and descriptive categories in cross-linguistic studies. Language 86(3). 663-687

Structure du programme

Le programme est organisé en trois unités qui consistent chacune en plusieurs « chapitres de travail ». L’organisation sera flexible dans le sens où la problématique d’un chapitre peut revenir dans des réunions non-successives le long du quinquennal, selon les besoins des participants. Les chapitres de travail dans l’unité modules de la grammaire débuteront généralement avec un exposé d’un spécialiste du domaine en question à qui on demandera d’expliciter ses attentes vis-à-vis des grammaires descriptives en termes de données et analyses retenues, leur présentation optimale et les éléments de preuve requises pour étayer les analyses proposées.

  1. Modules de la grammaire
    1. 1.1. Phonétique instrumentale
    2. 1.2. Intonation
    3. 1.3. Complémentation
    4. 1.4. Poétique
    5. 1.5. Explications diachroniques
    6. 1.6. Structure de l’information et relations grammaticales
  2. Meilleures pratiques
    1. 2.1. Constitution, exploitation et archivage de corpus de terrain
    2. 2.2. Lexicographie
    3. 2.3. Variation dialectale et sociolinguistique des communautés linguistiques
  3. Outils et méthodologies
    1. 3.1. Développement d’un outil pour créer les grammaires électroniques multimédia et hypertextuelles
    2. 3.2. Approches quantitatives

Projets liés au thème 1 (Analyse grammaticale et typologie)

L’actuel projet de laboratoire est né partiellement du constat qu’un nombre très élevé des chercheurs du Llacan était en train d’élaborer une grammaire descriptive d’une langue africaine. La plupart du temps, cette activité de recherche, très importante en termes de résultats et d’investissement de temps et d’efforts, se déroulait jusqu’ici en dehors de tout cadre programmatique explicite. Désormais, dans le nouveau schéma de programmation adopté, dès lors qu’une activité de description grammaticale a fait l’objet d’une définition précise de sa problématique, de son (ou de ses) livrable(s) et de l’indication de la durée, elle devient un projet de recherche et constitue un projet rattaché à ce programme : c’est en ces termes que nous présenterons désormais nos recherches grammatographiques. Le thème Analyse grammaticale et typologie comporte donc un nombre important de projets de recherche organisés autour de l’élaboration de grammaires de langues peu décrites (pouvant inclure des descriptions lexicographiques des langues concernées), dont la qualité doit directement profiter du travail collectif mené au sein du programme et des apports des autres projets (notamment Labex et ANR) liés au programme :

  1. Description du bedja (couchitique)
  2. Description de l’afar (couchitique)
  3. Description du baskeet (omotique)
  4. Description du dahalik (afro-sémitique)
  5. Description de l’Ancien Egyptien (égyptien)
  6. Description du kabyle (berbère)
  7. Description du kambaata (couchitique)
  8. Description du koalib (kordofanien)
  9. Description du ko, du werni et du tira (kordofanien)
  10. Description du yulu (sara-bongo-baguirmi)
  11. Description du dadjo sila (soudanique)
  12. Description du gbaya (oubanguien)
  13. Description du wolof (atlantique)
  14. Description du baynunk - parler de Djifanghor (atlantique)
  15. Description du dan-gwèètaa (mandé)
  16. Description du maninka (mandé)
  17. Description du naija (Pidgin English du Nigéria)
  18. Description et documentation des variétés myènè (bantu)
  19. Etude dialectologique du capverdien (créole à base portugaise)
  20. Description et typologie des langues du Sénégal
  21. Description, dialectologie et lexicographie des langues bantu de la zone A
  22. Description lexicale du toura (mandé)
  23. The Typology and Corpus annotation of information structure and grammatical relations
  24. CorTypo : ‘Designing spoken corpora for cross-linguistic research’
  25. Person deixis and categorization of discourse roles in West African languages
  26. Expression des comparaisons d’égalité et de similitude
  27. Corrélations et interactions entre le nombre et les autres catégories linguistiques
  28. Les opérations prédicatives nominales en peul (atlantique)
  29. Analyse syntagmatique et dépendancielle de l'arabe écrit, voyellé ou non (sémitique)