Explorer enfin la richesse linguistique du Nigeria : analyse grammaticale et documentation linguistique des langues adamawa

AdaGram est un projet de recherche financé par le programme « Emergence(s) » de la Ville de Paris, qui démarre début 2016. Le projet propose une analyse grammaticale et une documentation linguistique de plusieurs langues adamawa du Nigéria, famille de langues aujourd’hui quasiment entièrement inconnue.

Lire la suite...

Avec quelque 500 langues vivantes, le Nigeria est le troisième pays le plus riche en langues du monde. C’est aussi le pays dont les langues sont le moins connues, étudiées ou développées. Avec seulement 3 langues (ou 7%) sur 43 dotées d’une grammaire, les langues adamawa du Nigeria sont sous-étudiées même selon les normes du Nigéria.

Afin de réaliser une percée qualitative dans notre connaissance de ces langues et d’impulser une nouvelle dynamique à l’étude des langues nigérianes en général, le projet AdaGram vise à créer une analyse grammaticale complète et une documentation linguistique de trois ou quatre langues adamawa.

Afin de contourner les problèmes de sécurité qui sont largement responsable pour notre ignorance de ces langues, le projet propose une solution méthodologique innovatrice basée sur l’implication plus directe des communautés concernées dans la documentation de leurs langues.

Le projet AdaGram sera basé au laboratoire « Langage, Langues et Cultures d’Afrique Noir » (UMR 8135 CNRS - INALCO), durera 4 ans et rassemblera une nouvelle équipe qui consistera de deux chercheurs CNRS et deux ou trois doctorants.
Toutes les données primaires récoltées seront traitées selon les normes récemment développées au sein de la discipline de la linguistique documentaire. Les analyses grammaticales seront guidées par les hypothèses typologiques et comparatives. Nous prêterons une attention particulière aux phénomènes de contact et aux phénomènes typologiquement exceptionnels mais récurrents dans les langues de la région tels que les pronoms logophoriques, les pronoms redondants dans les prédications intransitives, les consonnes labio-vélaires, l’ordre des constituants V-(O)-X-NEG, l’aspect pluractionnel ou le renversement de la dépendance dans les constructions attributives.

En outre, la position des langues adamawa à la charnière entre les langues Niger-Congo de type “kwa” et celles de type “bantu oriental” incite à étudier de près l’hypothèse de l’influence des restrictions prosodiques sur la morphosyntaxe. Nos données et analyses linguistiques seront indispensables pour la reconstruction de l’histoire des peuples de la région et pour un réexamen critique des classifications généalogiques des langues africaines, qui sous-estiment sans doute la diversité sur le continent. Finalement, l’intérêt de l’étude de la diversité des langues pour la théorie linguistique est de plus en plus mis en évidence par le fait que les différences grammaticales entre les langues s’avèrent plus profondes qu’on ne le croyait souvent à la deuxième moitié du 20ème siècle.